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Crise du recrutement dans la restauration : attentes trop élevées, offres pas assez attractives ?

Le secteur de la restauration est l’un des plus dynamiques et, paradoxalement, l’un des plus en difficulté lorsqu’il s’agit de recrutement. Année après année, de nombreux restaurateurs déclarent qu’ils “ne trouvent personne”. Mais qu’en est-il réellement ?

Henri Cazaux

Henri Cazaux

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Un secteur en tension , mais pas forcément en manque de candidats

Depuis plusieurs années, l’hôtellerie-restauration est souvent décrite comme un secteur “en tension”, c’est-à-dire où le nombre de postes à pourvoir est supérieur à celui des candidats disponibles. En France, des milliers de postes, notamment de serveurs, de cuisiniers ou de responsables de salle, restent vacants chaque année. Cela s’explique en partie par la faible attractivité historique du secteur, caractérisé par des horaires contraignants, des salaires souvent jugés faibles et une reconnaissance professionnelle limitée.

Cependant, plusieurs analyses récentes indiquent que ce que certaines personnes qualifient de “pénurie de main-d’œuvre” n’est pas uniquement une question de quantité de candidats. Dans certains cas, il s’agit plutôt d’un problème de rétention et de conditions de travail. Lorsque les employés ne se sentent pas valorisés ou voient des opportunités plus intéressantes ailleurs, ils quittent rapidement le secteur, ce qui crée l’illusion d’un “manque de candidats”. 

Des attentes élevées… sans salaires en conséquences 

Une des causes majeures des difficultés de recrutement en restauration réside dans ce que les employeurs attendent des candidats et ce qu’ils sont prêts à offrir en retour. Beaucoup d’établissements cherchent des profils expérimentés, fiables, capables de gérer le service en autonomie, ou encore dotés d’une expertise technique importante (en cuisine ou en salle), sans pour autant proposer des conditions salariales ou de travail à la hauteur de ces compétences.

Dans un marché du travail où les candidats ont davantage d’options, notamment grâce à la croissance du télétravail et à la concurrence d’autres secteurs qui offrent de meilleurs avantages ou un meilleur équilibre vie privée/professionnelle, cette attente d’excellence “à coût réduit” devient problématique. Les travailleurs expérimentés évaluent désormais les propositions d’emploi avec beaucoup plus d’exigence et comparent attentivement ce qui leur est offert : rémunération, stabilité, perspectives d’évolution, avantages sociaux, etc.

Ainsi, si un établissement souhaite attirer les meilleurs profils, il doit être conscient que ces profils ne se contentent plus d’un salaire minimum et d’horaires fragmentés. Ils recherchent des postes avec reconnaissance, rémunération juste, et conditions claires. Sans cela, les candidatures intéressantes demeurent rares, non pas parce qu’elles n’existent pas, mais parce qu’elles se dirigent vers d’autres opportunités plus attractives.

Le rôle des salaires et de la reconnaissance dans l’attractivité des postes

On entend souvent que la solution à la “pénurie de personnel” serait simplement d’augmenter les salaires. Ce point est controversé, car l’augmentation des salaires n’est pas une réponse unique, mais elle reste essentielle pour rendre les postes plus compétitifs, surtout face à l’inflation et au coût de la vie. Les postes dans la restauration continuent d’être associés à des rémunérations parfois inférieures à la moyenne des autres secteurs, ce qui freine l’attraction de talents qualifiés.

Mais au-delà du salaire, les travailleurs recherchent un environnement où ils se sentent reconnus, respectés et capables de construire une carrière. Dans la restauration, où l’intensité du travail est élevée et les heures souvent longues, cette reconnaissance passe par une rémunération cohérente, des perspectives d’évolution, des avantages sociaux, et un management qui valorise l’individu plutôt que de le traiter comme un simple rouage opérationnel.

Ce que les candidats regardent aujourd’hui

Aujourd’hui, un candidat ne se contente plus d’un salaire annuel brut. Il compare :

  • La clarté des missions et la transparence sur les horaires.

  • La cohérence entre les responsabilités attendues et la rémunération proposée.

  • L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

  • La réputation de l’employeur et la qualité de l’environnement de travail.

Cette évolution s’explique notamment par la concurrence accrue avec d’autres secteurs d’activité, où les conditions de travail et la reconnaissance sont perçues comme meilleures ou plus stables. Dans un contexte où d’autres industries offrent des avantages sociaux attractifs ou des conditions de travail plus flexibles, la restauration doit repenser son approche si elle veut attirer et fidéliser des talents.

Recruter mieux, pas juste recruter

Pour un restaurateur, il est crucial de comprendre que recruter ne signifie pas simplement publier une annonce et attendre des candidatures. Cela signifie développer une proposition de valeur employeur cohérente, qui réponde aux attentes réelles des travailleurs. Trop souvent, les établissements restent bloqués dans des méthodes traditionnelles, sans ajuster l’offre à la réalité du marché du travail moderne.

Par exemple, la transparence dès le début du processus, concernant le salaire, les horaires, les avantages et les perspectives d’évolution, peut faire une énorme différence dans la qualité et la quantité des candidatures reçues. Les candidats valorisent aujourd’hui l’honnêteté et le respect dans la communication, ce qui est souvent négligé. 

L’importance de l’expérience employé

Un autre facteur clé est l’expérience employé, c’est-à-dire la manière dont les travailleurs sont traités du premier contact jusqu’à leur quotidien sur le lieu de travail. Un candidat qui se sent écouté, compris et respecté dès le recrutement aura plus de chances de rester. À l’inverse, des processus de recrutement opaques ou insistants sur des exigences irréalistes sans contrepartie tangible risquent de refroidir de bons profils.

C’est là qu’un équilibre doit être trouvé : les restaurateurs peuvent évidemment rechercher l’excellence, mais ils doivent aussi être prêts à offrir une expérience de travail enrichissante et équitable, car c’est souvent ce qui fait la différence entre une carrière dans la restauration et un départ vers un autre secteur.

FAQ – Recrutement en restauration

La restauration manque-t-elle vraiment de personnel ?
Il existe des tensions sur le marché du travail en restauration, avec de nombreux postes vacants, mais cela ne signifie pas nécessairement une absence totale de candidats : souvent, le problème vient de la rétention et de la qualité des conditions proposées.

Est-ce que payer plus résout les problèmes de recrutement ?
Augmenter les salaires aide à attirer de meilleurs profils, mais ce n’est pas la seule réponse. Les candidats cherchent également des conditions claires, une reconnaissance professionnelle et un bon équilibre vie pro/vie perso.

Pourquoi les serveurs quittent-ils souvent leur emploi ?
Le taux de rotation est élevé dans la restauration, souvent à cause des horaires contraignants, du manque de perspectives, et de conditions de travail difficiles, ce qui peut provoquer des départs rapides si les attentes ne sont pas alignées avec la réalité du poste.

Comment un restaurant peut-il améliorer son recrutement ?
En clarifiant dès le départ les conditions, en valorisant les talents, en offrant une rémunération cohérente, et en développant une marque employeur attractive qui met en avant la culture et les avantages du lieu. 

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